
Secrétaire d’État chargée de la Ville et de la Citoyenneté depuis juillet 2023, Sabrina Agresti-Roubache incarne un parcours politique singulier ancré dans les réalités des quartiers populaires marseillais. Née le 13 octobre 1976 à Marseille, elle est issue d’une famille d’origine algérienne établie dans la cité Félix-Pyat, l’un des quartiers les plus défavorisés du 3ᵉ arrondissement. Son père, Hamid, exerce le métier de maçon coffreur, tandis que sa mère est née en Provence. Troisième d’une fratrie de six enfants, elle grandit dans un environnement modeste mais structuré par des valeurs familiales solides.
Une enfance marseillaise entre cultures et ambitions
Les parents de Sabrina Agresti-Roubache se marient en 1971 et s’installent à Marseille en 1972, venant de l’Est algérien. La famille compte cinq filles et un garçon, formant une fratrie soudée qui évolue dans un milieu multiculturel. Élevée en partie par sa grand-mère, la jeune Sabrina refuse l’étiquette réductrice de “fille des cités” qu’on lui accole souvent. Elle insiste sur le fait d’avoir bénéficié de parents présents et travailleurs qui lui ont transmis des valeurs d’effort et de réussite.
Cette enfance dans les quartiers nord de Marseille forge sa compréhension des enjeux sociaux et territoriaux qui marqueront plus tard son engagement politique. Le quartier Félix-Pyat des années 1980, bien que populaire et marqué par la précarité économique, n’était pas encore confronté aux violences liées au trafic de drogue qui caractérisent aujourd’hui certaines zones sensibles de la ville. Cette nuance explique pourquoi elle évoque une enfance heureuse dans un environnement multiculturel stimulant plutôt qu’oppressant.
Du hip-hop marseillais à la production audiovisuelle
Après un baccalauréat littéraire, Sabrina Agresti-Roubache entame des études de droit qu’elle abandonne rapidement pour se lancer dans l’audiovisuel. Étudiante, elle rencontre le rappeur Akhenaton, membre fondateur du groupe IAM, figure emblématique du hip-hop marseillais. Elle l’accompagne comme chargée de production sur l’album mythique “L’école du micro d’argent”, sorti en 1997 et devenu une référence incontournable du rap français.
Cette première expérience professionnelle ouvre la voie à une carrière de productrice audiovisuelle qui s’étendra sur vingt-cinq ans. En 2018, elle rachète la société de production Seconde Vague Productions après le décès de son fondateur, Paul Saadoun. Elle co-produit notamment la série “Marseille” pour Netflix, un projet qui lui permet d’explorer en profondeur les différentes strates sociales et territoriales de sa ville natale. Ces tournages constituent pour elle une véritable immersion dans les dynamiques politiques et économiques marseillaises.
Parallèlement à sa carrière dans l’audiovisuel, elle occupe des postes stratégiques dans plusieurs instances régionales. Elle siège au conseil de surveillance de l’aéroport Marseille-Provence, au conseil d’administration de la Française des Jeux, et au FRAC (Fonds Régionaux d’Art Contemporain). Cette polyvalence professionnelle témoigne d’une capacité remarquable à naviguer dans les milieux économiques et culturels locaux.
L’entrée en politique par les réseaux macronistes
Le tournant politique s’opère en 2016 lors d’une rencontre avec Emmanuel et Brigitte Macron pendant la campagne présidentielle. Cette rencontre lors d’un dîner forge une amitié durable avec l’épouse du futur président, avec qui elle échange régulièrement chaque semaine. En 2019, elle organise une visite privée de Brigitte Macron à Marseille, consolidant son rôle d’intermédiaire entre l’Élysée et les réalités marseillaises. Elle joue également un rôle dans la mise en relation entre Emmanuel Macron et le professeur Didier Raoult durant la pandémie de Covid-19.
Sa trajectoire électorale débute le 2 juillet 2021 avec son élection comme conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la liste de Renaud Muselier, président ex-LR de la région. Elle y est chargée de la lutte contre les violences faites aux femmes et contre le harcèlement scolaire. Depuis 2022, elle siège également au Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Le 22 juin 2022, investie à la demande de l’Élysée, elle est élue députée de la première circonscription des Bouches-du-Rhône sous la bannière Renaissance avec 50,79 % des voix au second tour. Elle succède à Julien Ravier et bénéficie du soutien de personnalités locales comme Renaud Muselier, Martine Vassal, Jean-Claude Gaudin et Roland Blum. À l’Assemblée nationale, elle devient rapidement l’une des porte-parole du groupe Renaissance et siège à la commission des affaires juridiques.
Un portefeuille ministériel symbolique
Le 20 juillet 2023, elle est nommée Secrétaire d’État chargée de la Ville dans le gouvernement d’Élisabeth Borne, succédant à Olivier Klein. Le 10 octobre 2023, elle hérite également du portefeuille de la Citoyenneté après la démission de Sonia Backès suite à sa défaite aux élections sénatoriales. Elle conserve ces fonctions dans le gouvernement de Gabriel Attal formé en janvier 2024.
Sa nomination revêt une dimension hautement symbolique : native d’un quartier populaire, elle porte désormais les politiques publiques destinées aux territoires défavorisés. Son premier déplacement officiel se déroule à Marseille, où elle connaît intimement les problématiques d’habitat dégradé et de cohésion sociale. Son livre “Moi la France, je la kiffe !”, publié en février 2022 chez Albin Michel, résume sa vision politique fondée sur la mobilité sociale et les valeurs républicaines.
Ses positions politiques ne correspondent pas toujours aux attendus de la gauche sociale. Elle assume des déclarations fermes sur l’expulsion des émeutiers de leurs logements sociaux, se positionne contre la légalisation du cannabis, et établit des liens entre insécurité et immigration illégale dans ses interventions médiatiques.
Une vie familiale au service public
Mariée à Jean-Philippe Agresti, ancien doyen de la faculté de droit et de science politique de l’université d’Aix-Marseille devenu recteur de l’académie de Corse en décembre 2021, elle forme un couple engagé dans le service public. Son époux a notamment mené la liste de Martine Vassal (LR) dans le 3ᵉ secteur de Marseille aux élections municipales de 2020. Le couple a une fille prénommée Mae, qui l’a soutenue dans l’écriture de son livre.
Polyglotte, Sabrina Agresti-Roubache parle couramment arabe, anglais, un peu coréen et même le provençal, témoignant d’une curiosité intellectuelle qui dépasse largement son parcours initial. Cette maîtrise linguistique facilite son action sur les dossiers mémoriels franco-algériens où elle joue un rôle discret auprès du couple présidentiel.
Lors des élections législatives anticipées de 2024, qualifiée pour le second tour, elle se désiste face au Rassemblement National pour favoriser le candidat de gauche, mais cette stratégie républicaine n’empêche pas l’élection de Monique Griseti. Son parcours illustre les transformations du paysage politique français où les frontières entre production culturelle, entrepreneuriat et engagement public deviennent de plus en plus poreuses.