Jordan Bardella : les racines familiales du président du Rassemblement national

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Jordan Bardella, président du Rassemblement national

Jordan Bardella, président du Rassemblement national depuis novembre 2022, incarne un paradoxe français contemporain. Alors qu’il défend une ligne politique stricte sur l’immigration, ses propres racines familiales témoignent d’une histoire migratoire européenne et méditerranéenne qui traverse trois générations et plusieurs continents.

Une famille italienne au trois quarts

Enfant unique né le 13 septembre 1995 à Drancy en Seine-Saint-Denis, Jordan Bardella possède une ascendance majoritairement italienne. Sa mère, Luisa Bertelli-Motta, est née le 5 avril 1962 à Turin, dans ce faubourg ouvrier du Piémont que sa famille a quitté durant les années 1960, période d’exode massif du triangle industriel italien vers la France.

Son père, Olivier Bardella, né en 1968 à Montreuil en Seine-Saint-Denis, est lui-même fils d’immigré italien. Le grand-père paternel, Guerrino Bardella, a quitté Alvito, petit bourg du Latium italien, en 1960 pour s’installer à Montreuil. Arrivé en France à l’âge de 16 ans, il exerce le métier de menuisier-ébéniste et épouse en 1963 Réjane Mada, née en 1944 à La Ferté-sous-Jouarre en Seine-et-Marne.

Les ancêtres maternels de Jordan Bardella ont également travaillé comme ouvriers dans le bâtiment à Saint-Denis, participant à la construction de cette banlieue ouvrière qui caractérisait la Seine-Saint-Denis des années 1960 et 1970. Cette immigration italienne représente les trois quarts de son arbre généalogique, une proportion qu’il revendique volontiers dans ses interventions publiques.

Des racines kabyles longtemps tues

Ce qui émerge plus discrètement dans son histoire familiale, c’est l’ascendance algérienne qui traverse la branche paternelle. Réjane Mada, la grand-mère paternelle de Jordan Bardella, est la fille de Mohand Séghir Mada, né en 1903 à Guendouz dans la commune d’Aït R’zine en Kabylie, et décédé en 1974.

Cet arrière-grand-père kabyle est arrivé en France au début des années 1930, bien avant les grandes vagues migratoires d’après-guerre. Il s’installe à Villeurbanne, dans la région lyonnaise, où il trouve du travail comme manœuvre dans le bâtiment et dans une manufacture de teinturerie. Il épouse Denise Annette Jaeck, une Parisienne d’origine alsacienne, avec qui il fonde une famille sur le sol français.

Cette partie de son histoire familiale a resurgi dans le débat public en juin 2024, lorsque le magazine Jeune Afrique a publié une enquête fouillée remontant jusqu’au village kabyle d’origine de Mohand Séghir Mada. L’enquête souligne qu’autant Jordan Bardella s’exprime librement sur sa filiation italienne, autant il n’a jamais évoqué publiquement les origines algériennes d’une partie de sa famille, ce que le magazine qualifie de “tabou” au sein du parti.

Un parcours social ascendant

Jordan Bardella grandit dans une famille de classe moyenne. Son père, Olivier Bardella, dirige une PME spécialisée dans les distributeurs automatiques de boissons, tandis que sa mère, Luisa, exerce la profession d’agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM), un métier qui l’amène à travailler quotidiennement auprès des jeunes enfants.

Cette ascension sociale contraste avec les débuts modestes des générations précédentes. Du menuisier-ébéniste Guerrino au manœuvre kabyle Mohand Séghir, en passant par les ouvriers du bâtiment saint-dionysiens, la famille Bardella incarne cette mobilité sociale que le jeune politicien érige en exemple d’intégration réussie par le travail.

Des racines françaises dispersées

Au-delà des migrations italienne et algérienne, Jordan Bardella compte également des ancêtres français installés dans pas moins de onze départements : Aisne, Cantal, Doubs, Eure, Marne, Moselle, Haut-Rhin, Seine, Seine-et-Marne et Seine-Saint-Denis. Cette dispersion géographique témoigne d’une France rurale et provinciale qui complète le tableau de ses origines.

Ces racines françaises, bien que moins médiatisées que ses ascendances méditerranéennes, contribuent à la complexité de son arbre généalogique. Les généalogistes qui se sont penchés sur son cas, notamment Françoise Bourgery-Potier et Mireille Kerembellec, ont documenté ces quartiers français qui enrichissent son patrimoine familial.

Le paradoxe politique d’une ascendance immigrée

L’ironie n’a pas échappé aux observateurs politiques : Jordan Bardella, qui défend une ligne stricte sur l’immigration et n’hésite pas à catégoriser les citoyens français selon leurs origines étrangères même lointaines, est lui-même l’héritier direct de plusieurs vagues migratoires.

Un adulte sur quatre en France compte aujourd’hui au moins un ascendant issu de l’immigration. L’extrême droite française ne craint plus d’évoquer des origines familiales étrangères, y voyant une manière d’affirmer son patriotisme et permettant à une partie de l’électorat de s’y reconnaître. Nicolas Sarkozy se décrivait lui-même comme “un petit Français au sang mêlé”.

Jordan Bardella utilise volontiers sa filiation italienne comme illustration de cette intégration réussie par le travail qu’il érige en modèle politique. En revanche, le silence persistant sur sa branche kabyle interroge sur les critères qu’il applique pour définir quelles origines méritent d’être revendiquées et lesquelles doivent rester dans l’ombre.

Une généalogie qui fait débat

Durant la campagne des législatives de juin 2024, cette question des origines algériennes de Jordan Bardella a ressurgi avec force dans le débat public. Nombre de commentateurs se sont interrogés sur ce silence sélectif, alors même que le président du RN n’hésite jamais à rappeler publiquement son ascendance transalpine.

Sa généalogie compte aujourd’hui huit cousins célèbres répertoriés sur les sites spécialisés, un chiffre modeste comparé aux 120 que totalise Gabriel Attal. Mais au-delà des chiffres, c’est la lecture politique de ces origines qui alimente les débats : peut-on légitimement se réclamer d’une immigration “choisie” et réussie tout en occultant une partie de son propre héritage familial ?

Jordan Bardella incarne malgré lui cette France contemporaine façonnée par les migrations successives du XXe siècle, où les destins italiens, kabyles, alsaciens et provinciaux se sont entremêlés pour créer des identités complexes qui défient les catégorisations simplistes. Son histoire familiale, de Guendouz en Kabylie à Alvito dans le Latium, raconte finalement une France plurielle que son discours politique peine parfois à reconnaître pleinement.

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