
Disparu le 25 novembre 2025 à l’âge de 63 ans, Albert Kassabi, alias Bébert, leader emblématique du groupe Les Forbans, laisse derrière lui un héritage musical considérable. Au-delà de sa carrière artistique qui a marqué le rock français des années 1980, l’artiste avait levé le voile en 2021 sur ses revenus, révélant une situation financière équilibrée mais loin des fortunes spectaculaires souvent associées aux stars de la musique. Entre droits d’auteur et reconversion dans l’artisanat, Bébert incarnait un modèle économique atypique pour un chanteur ayant vendu près de deux millions d’exemplaires d’un seul titre.
Des revenus musicaux constants mais modestes
En septembre 2021, Albert Kassabi accepte de répondre sans détour aux questions de Jordan de Luxe dans son émission “L’Instant de Luxe” diffusée sur Télé Star Play. Interrogé sur sa situation financière, le chanteur des Forbans fait preuve d’une transparence rare dans le milieu artistique. Il révèle toucher entre 50 000 et 60 000 euros par an grâce à ses chansons, soit environ 4 000 à 5 000 euros par mois lorsque tout se passe bien.
Cette somme provient essentiellement des droits d’auteur générés par le répertoire des Forbans, et notamment du tube “Chante !” sorti en 1982. L’adaptation française de “Shout! Shout! (Knock Yourself Out)” d’Ernie Maresca s’est écoulée à près de deux millions d’exemplaires à l’époque, devenant un standard incontournable de la chanson populaire française. Plus de quarante ans après sa sortie, ce titre continue de générer des revenus réguliers à chaque diffusion radio, passage télé ou utilisation commerciale.
Bébert précise que ces revenus n’ont pas augmenté suite à la pandémie de Covid-19, période durant laquelle il explique avoir “pris une tarte dans la gueule” comme de nombreux professionnels du spectacle. Les artistes, techniciens et éclairagistes considérés “non-essentiels” par le gouvernement ont vu leurs activités stoppées net, impactant directement leurs rentrées d’argent. À 60 ans lors de cette interview, le chanteur justifie néanmoins ses revenus en soulignant qu’ils constituent “de l’argent” même s’ils restent modérés.
Une double activité pour sécuriser ses revenus
Conscient de la précarité inhérente au métier d’artiste, Albert Kassabi a fait le choix judicieux de développer une seconde activité professionnelle. Il y a une douzaine d’années, le chanteur tombe amoureux du bois et se lance dans la menuiserie et l’ébénisterie. Cette reconversion partielle lui permet de diversifier ses sources de revenus et d’assurer une stabilité financière, notamment après son divorce dont il a la garde de ses deux enfants, Kevin et Georgia.
Le leader des Forbans insiste particulièrement sur le fait que ses revenus de menuisier n’ont rien à voir avec ceux générés par sa musique. Ces deux activités fonctionnent de manière totalement indépendante, chacune contribuant à son équilibre financier global. Artisan passionné, Bébert crée des meubles et réalise notamment un bar en forme de guitare qui trône dans sa cuisine, symbole parfait de cette double vie entre musique et artisanat.
Cette approche pragmatique témoigne d’une vision lucide du métier d’artiste. Contrairement aux idées reçues, avoir vendu des millions de disques dans les années 1980 ne garantit pas une rente perpétuelle confortable. Les droits d’auteur se partagent entre les différents membres du groupe, l’éditeur, les auteurs-compositeurs, et leur montant diminue avec le temps malgré le statut de classique de certains titres.
Un rythme de concerts soutenu jusqu’au bout
Au-delà des droits d’auteur, Les Forbans maintiennent une activité scénique régulière qui constitue une source de revenus complémentaire importante. Le groupe assure une cinquantaine de concerts par an ces dernières années, un rythme impressionnant pour une formation créée en 1978. Interrogé en 2014, Bébert souligne que sans la tournée “Âge Tendre” à laquelle ils participent jusqu’en 2014, Les Forbans ne sont “pas à la ramasse” car ils enchaînent les dates à travers la France.
Cette activité scénique soutenue permet au groupe de toucher un public fidèle et intergénérationnel qui vient revivre la nostalgie des années 1980. Les concerts constituent généralement la principale source de revenus des artistes des années passées, bien plus que les droits d’auteur ou les ventes de disques qui se sont effondrées avec l’arrivée du streaming. Pour Les Forbans, chaque prestation représente un cachet partagé entre les membres du groupe, complétant ainsi les revenus individuels de chacun.
Un héritage musical substantiel
Si les revenus individuels d’Albert Kassabi peuvent sembler modestes au regard de son statut d’icône du rock français, l’héritage collectif des Forbans reste impressionnant. Le groupe a vendu plus de six millions de disques au cours de sa carrière de 47 ans, avec sept albums studios et plusieurs compilations à son actif. Ces chiffres de ventes, particulièrement élevés pour l’époque, ont permis d’assurer une certaine aisance financière aux membres du groupe pendant les années fastes.
La célébration des 40 ans du groupe à l’Olympia en 2018 témoigne de cette longévité exceptionnelle et de la capacité des Forbans à traverser les décennies sans sombrer dans l’oubli. Cette reconnaissance permet de maintenir une valeur marchande pour leurs prestations et de continuer à remplir des salles à travers la France. Le statut de “Rolling Stones français” que Bébert revendiquait pour son groupe n’est pas qu’une boutade, il reflète aussi une longévité professionnelle rare dans le paysage musical français.
Le décès d’Albert Kassabi clôt le parcours d’un artiste qui aura su conjuguer passion musicale et pragmatisme économique, laissant un exemple de longévité professionnelle dans un milieu souvent marqué par l’opacité sur les questions financières.