
Laurent Mauvignier, lauréat du prix Goncourt 2025 pour son roman La Maison vide, vient de connaître la consécration littéraire la plus prestigieuse. Derrière ce triomphe se trouve une femme qui a accompagné l’écrivain pendant un quart de siècle : Aliénor Mauvignier, libraire passionnée et première lectrice de ses manuscrits. Bien que le couple soit séparé depuis deux ans, leur complicité demeure intacte, témoignant d’un lien indéfectible tissé autour de l’amour des livres.
Une libraire au parcours remarquable
Aliénor Mauvignier, 51 ans, est originaire de Bordeaux où elle a débuté sa carrière de libraire à La Machine à Lire après des études d’économie qu’elle qualifie elle-même d’égarement. Grande lectrice, elle a rapidement compris que sa vocation se trouvait dans les métiers du livre. Après avoir travaillé dans un espace culturel Leclerc en périphérie bordelaise, elle rejoint en 2005 la mythique librairie toulousaine Ombres Blanches.
Durant seize ans et demi, Aliénor gravit les échelons de cette quatrième plus grande librairie de France jusqu’à en devenir codirectrice et copropriétaire en novembre 2017, aux côtés d’Emmanuelle Sicard. Cette double direction succédait à Christian Thorel qui avait développé Ombres Blanches pendant près de quarante ans, transformant l’établissement en une institution culturelle de 1700 mètres carrés proposant plus de 130 000 références.
L’installation à Toulouse pour suivre sa carrière
Le couple Mauvignier s’installe à Toulouse précisément pour permettre à Aliénor de saisir cette opportunité professionnelle à Ombres Blanches. Laurent Mauvignier, né le 6 juillet 1967 à Tours, a toujours été un écrivain nomade. Il confie avoir déménagé vingt-sept fois depuis son départ du foyer familial à 17 ans, passant par Tours, Paris et Bordeaux. Toulouse représentait une nouvelle étape, motivée par la carrière de sa compagne libraire.
Dans une interview, l’écrivain expliquait ne pas se sentir particulièrement attaché à un lieu géographique, hormis son bureau d’enfance qu’il emporte partout avec lui. Cette absence d’ancrage contraste avec la fierté régionale des Toulousains, sentiment qui lui était totalement étranger en tant que Tourangeau.
Une séparation récente après 25 ans de vie commune
Après avoir partagé vingt-cinq années ensemble, Laurent et Aliénor Mauvignier se sont séparés il y a deux ans, en 2023. Cette rupture n’a cependant pas altéré leur profonde complicité ni leur respect mutuel. La preuve la plus touchante en est le geste de Laurent qui, avant l’annonce officielle du prix Goncourt le 4 novembre 2025, a tenu à prévenir personnellement son ancienne épouse.
Aliénor raconte avoir eu Laurent très rapidement au téléphone. Il était tellement content, témoigne-t-elle avec émotion. Cette attention démontre l’importance qu’elle conserve dans sa vie, malgré leur séparation. La libraire se dit bouleversée pour lui, soulignant que cette récompense est vraiment méritée pour son engagement en faveur de la littérature, sa foi en l’écriture et son talent.
Une première lectrice privilégiée
En tant que libraire spécialisée en littérature et sciences humaines, Aliénor a toujours été la toute première lectrice des manuscrits de Laurent Mauvignier. Pour La Maison vide, elle a eu le privilège de découvrir le texte dès ses premières versions. Son jugement professionnel s’est révélé prophétique : elle a immédiatement reconnu un livre immense, affirmant que Laurent avait atteint une maturité d’écriture, une puissance narrative et une ambition rares.
Elle confie avoir refermé le manuscrit en disant à Laurent que c’était son plus grand roman. Cette fresque de 750 pages sur la mémoire d’une lignée de femmes traversées par les guerres et les silences possédait déjà le profil d’un Goncourt selon elle. Laurent a su renouer avec la belle tradition romanesque à la française, brassant la grande Histoire avec la petite dans un ouvrage qui touche chacun dans ce qu’il a de plus intime.
Le déménagement à Rennes et Comment Dire
En 2021, Aliénor quitte la codirection d’Ombres Blanches, estimant que ce projet n’était pas à sa dimension malgré l’enrichissement qu’il lui avait apporté. Son mari Laurent suggère alors de se rapprocher de Paris. Tous deux souhaitent rester près de la mer ou de l’océan. Après avoir visité La Rochelle, Nantes, Brest, Lille et Caen sans trouver leur place, un libraire leur suggère Rennes.
Aliénor passe trois jours dans la capitale bretonne et c’est l’évidence. En septembre 2022, elle ouvre sa propre librairie Comment Dire au 5 rue Jules Simon, nom qui rend hommage à un poème de Samuel Beckett et aux Éditions de Minuit, maison qui publie fidèlement Laurent depuis ses débuts. L’établissement propose 8000 à 9000 références soigneusement sélectionnées, privilégiant les catalogues d’éditeurs indépendants.
Laurent Mauvignier aime Rennes, son calme et son côté posé. Il y a trouvé sa place, précise Aliénor. L’écrivain fréquente régulièrement la librairie Comment Dire, perpétuant ainsi leur lien autour de la littérature.
Un soutien indéfectible malgré la séparation
Le jour de l’annonce du Goncourt, Aliénor témoigne sans retenue de sa fierté. Elle souligne que Laurent n’écrit pas pour une décoration, que ce prix n’est pas son moteur. Il essaye de courir après la littérature, pas après les prix, explique-t-elle. Cette reconnaissance arrive pour un homme dont elle a toujours trouvé l’écriture absolument magnifique.
Libraire avertie, Aliénor anticipe l’impact du Goncourt : son ancien compagnon va désormais toucher un public qui ne lit qu’un livre par an, franchissant ce plafond de verre pour élargir son lectorat. Le Goncourt peut générer entre 500 000 et 600 000 exemplaires vendus. Sans être partisane, affirme-t-elle, le livre de Laurent est l’un des plus beaux qu’elle ait jamais lu.
Laurent Mauvignier a signé son roman à la librairie Comment Dire le 15 novembre 2025, événement prévu avant le prix mais qui a naturellement pris une dimension exceptionnelle. Aliénor et Laurent incarnent ainsi un modèle rare de séparation apaisée, où l’estime et l’admiration survivent au couple, portées par leur passion commune pour la littérature.