
À 24 ans, Joshua Van s’impose comme le premier combattant birman de l’histoire de l’UFC. Mais derrière ce statut de pionnier se cache une origine marquée par l’exil, la persécution ethnique et un parcours migratoire qui l’a conduit des montagnes du Myanmar aux rings américains.
Né à Hakha, cœur de l’État Chin
Joshua Van Bawi Thawng voit le jour le 10 octobre 2001 à Hakha, capitale de l’État Chin, dans les régions montagneuses du nord-ouest du Myanmar. Cette ville de quelque 20 000 habitants, perchée à plus de 1 800 mètres d’altitude, constitue le centre administratif d’une zone parmi les plus reculées et pauvres du pays. Hakha se situe à des centaines de kilomètres de Naypyidaw, la capitale birmane, dans un territoire où les infrastructures demeurent rudimentaires.
L’État Chin, où Joshua passe ses dix premières années, représente l’une des régions les plus isolées du Myanmar. Ses paysages montagneux spectaculaires abritent une population majoritairement chrétienne dans un pays à dominante bouddhiste, créant une fracture culturelle et religieuse avec le reste de la Birmanie. Cette différence religieuse a historiquement alimenté la marginalisation de cette communauté.
L’ethnie Chin, une minorité persécutée
Joshua appartient au peuple Chin, une minorité ethnique qui représente environ cinq pour cent de la population du Myanmar. Les Chin, également présents dans l’est de l’Inde et au Bangladesh, partagent des liens culturels et linguistiques distincts des Birmans majoritaires. Leur identité se construit autour du christianisme, introduit par les missionnaires britanniques au XIXe siècle, et de traditions ancestrales profondément ancrées dans les montagnes.
Cette appartenance ethnique explique en grande partie le parcours d’exil de sa famille. Sous le régime du Conseil d’État pour la paix et le développement, la junte militaire qui contrôlait le Myanmar entre 1997 et 2011, les Chin ont subi discriminations systématiques, travaux forcés et répression religieuse. Des milliers de familles Chin ont fui vers la Malaisie, l’Inde ou les États-Unis pour échapper à ces persécutions.
Joshua évoque cette réalité avec lucidité : ses parents cherchaient une éducation décente et la liberté pour leurs enfants, deux choses que la junte militaire leur refusait dans l’État Chin. Le Myanmar qu’il a connu enfant était un pays où l’armée opprimait le peuple, particulièrement les minorités ethniques comme les Chin, les Karen ou les Rohingyas.
Une famille de six enfants dans la tourmente
Joshua grandit dans une fratrie de cinq enfants au total, entouré de quatre frères et sœurs dont les noms restent discrets dans les médias. Ses parents, identifiés simplement comme M. et Mme Thawng dans les sources publiques, ont protégé leur vie privée malgré la notoriété croissante de leur fils.
La famille Thawng vivait dans des conditions difficiles à Hakha, où les opportunités économiques étaient quasi inexistantes et où la surveillance militaire pesait sur le quotidien. Cette situation précaire a poussé les parents à prendre la décision courageuse de tout abandonner pour offrir un avenir à leurs enfants. Joshua conserve un souvenir chaleureux du Myanmar de son enfance, qu’il décrit comme un endroit respectueux et aimant, mais reconnaît que les forces politiques ont brisé cette harmonie.
L’exil en trois étapes : Myanmar, Malaisie, Texas
En 2011, la famille Thawng rejoint les rangs des réfugiés Chin en fuyant vers la Malaisie. Joshua a alors dix ans. Cette première migration le coupe de ses racines, de sa langue maternelle pratiquée quotidiennement et de son environnement montagnard familier. La Malaisie, pays d’accueil pour des milliers de réfugiés birmans, offre une sécurité relative mais ne constitue qu’une étape transitoire.
Deux ans plus tard, en 2013, la famille obtient le statut de réfugié et s’installe définitivement à Houston, au Texas. Joshua a douze ans lors de cette deuxième migration. Houston, quatrième ville américaine par sa population, accueille une importante communauté de réfugiés, notamment birmans, ce qui facilite théoriquement l’intégration des nouveaux arrivants.
Pour Joshua, l’adaptation est néanmoins brutale. Ne parlant pas un mot d’anglais, il se retrouve complètement isolé dans son collège. Sa petite taille et son statut de non-anglophone font de lui une cible privilégiée pour les intimidateurs. Cette expérience de harcèlement quotidien forge paradoxalement son caractère de combattant, le poussant à apprendre à se défendre physiquement dans les rues de Houston.
Une double identité assumée
Aujourd’hui, Joshua Van possède la double nationalité birmane et américaine, reflétant son parcours entre deux mondes. Il parle couramment le birman et l’anglais, naviguant aisément entre sa culture d’origine et sa culture d’adoption. Cette dualité fait de lui une figure unique dans l’UFC, représentant à la fois le pays qui l’a vu naître et celui qui a accueilli sa famille dans la détresse.
Depuis mars 2024, Joshua obtient l’autorisation de porter le drapeau du Myanmar lors de ses entrées dans l’octogone de l’UFC. Ce privilège revêt pour lui une signification profonde : représenter son pays d’origine sur la plus grande scène mondiale des arts martiaux mixtes constitue un honneur qu’il chérit particulièrement. Il le répète dans chaque interview : pouvoir brandir ce drapeau signifie tout pour lui.
Son engagement envers le Myanmar ne se limite pas au symbolisme sportif. Lorsqu’un tremblement de terre dévastateur frappe son pays natal, Joshua reverse une partie substantielle de sa bourse de combat pour aider les victimes. Il achète également une maison pour sa mère, geste considéré dans la culture birmane comme la marque ultime de gratitude et de réussite filiale.
Malgré son installation aux États-Unis, Joshua maintient des liens étroits avec la communauté Chin de Houston. Il fréquente régulièrement son église locale Chin, restant ancré dans les valeurs religieuses et culturelles transmises par sa famille. Cette fidélité à ses origines, combinée à son succès sportif, fait de lui une source de fierté non seulement pour les Chin, mais pour l’ensemble du peuple birman.
Joshua Van incarne ainsi le destin de millions de réfugiés qui reconstruisent leur vie loin de leur terre natale tout en préservant farouchement leur identité. Son origine birmane et son appartenance à l’ethnie Chin ne sont pas de simples détails biographiques : elles constituent le socle de son identité et la source de sa motivation inébranlable à devenir le premier champion UFC de l’histoire du Myanmar.